La Tortue d'Hermann (Testudo hermanni hermanni)

 

Classe : Reptiles
Ordre : Chéloniens
Famille : Testudinidés
Genre : Testudo
Espèce : hermanni


Description
La tortue d'Hermann Testudo hermanni hermanni est l'unique tortue terrestre en France. En Europe la sous espèce qui nous concerne est localisée, en dehors de France continentale, à un site de Catalogne, à la Corse, la Sardaigne, à la Sicile et en Italie occidentale et méridionale. Testudo hermanni boettgeri se rencontre dans les Balkans et de la Grèce au sud de la Roumanie. D'autres espèces proches se rencontrent dans le bassin méditerranéen et ont parfois été introduites en France. La tortue d'Hermann atteint 20 cm. Sa longévité est importante (80 ans) mais la mortalité est importante au stade juvénile. La maturité sexuelle s'acquiert au bout de 10 ans environ. C'est une espèce diurne qui s'expose au soleil le matin, se cache aux heures les plus chaudes et reprend son activité en soirée. Les milieux fréquentés sont généralement chauds et secs (maquis, pelouses, vergers, lisières de forêts ou de cultures). Elle est herbivore. Elle hiberne pendant l'hiver. Elle dépose une dizaine d'œuf au printemps sur des sites chauffés par le soleil. L'éclosion a lieu à la fin de l'été.

Origine et répartition
Ses ancêtres ont plus de 230 millions d'années. En France elle ne se rencontre plus à l'état naturel que sur un petit territoire de la Provence cristalline, entre Hyères et St Raphaël. Autrefois présente sur tout notre pourtour méditerranéen, elle ne subsiste plus qu'au travers de quelques petites populations relictuelles, souvent isolées entre elles. Les densités de tortues dans cet ensemble sont fortement hétérogènes et les populations viables très ponctuelles. Dans les Maures, l'espèce se rencontre ça et là mais seules 6 populations sont réellement viables et fonctionnelles (classes d'âges variées et habitats de qualité). En Corse, les meilleures populations abritent jusqu'à 10 tortues à l'hectare. Dans le Var, les meilleures populations comportent entre 5 et 7 tortues à l'hectare mais la densité moyenne est généralement inférieure à une.

 

Problématiques de conservation
Les facteurs de régression sont multiples mais toujours directement ou indirectement liés à l'homme. Ce sont les incendies, la disparition ou la modification de son habitat (fermeture des milieux), la collecte par le public, les travaux de débroussaillage réalisés au printemps… Leur démographie particulière (reproduction tardive, forte mortalité des pontes et des jeunes, longévité élevé des adultes) constitue en soi un facteur de vulnérabilité. La pression de l'urbanisation et de divers aménagements (autoroute, décharge, centre de loisirs, golf…) réduit régulièrement son espace vital.

L'espèce étant peu mobile et subissant des variations climatiques importantes à l'échelle de l'année, son habitat optimal doit donc satisfaire ses différents besoins dans un rayon faible (quelques centaines de mètres au maximum). Ses besoins portent essentiellement sur des zones chaudes et bien exposées pour les pontes, des zones herbacées pour l'alimentation, mêlées d'arbustes comme refuges ainsi que des zones boisées plus fraîches en période estival. La présence d'eau à proximité est un atout supplémentaire.
La conservation de l'espèce passe donc en priorité par le maintien de son habitat. Une gestion spécifique des milieux lui est favorable ( débroussaillage de sites de ponte, gestion d'une mosaïque de milieux au travers notamment du sylvo-pastoralisme). L'activité agricole traditionnelle permettait grâce à un travail sur de petites parcelles et à la présence abondante de troupeaux de maintenir des habitats nombreux, en particulier autour des hameaux. Ce type de gestion est aujourd'hui le plus souvent révolu.

La fréquentation des sites et le prélèvement par le public est également à contrôler. Animal sympathique, la tortue souffre paradoxalement de cette situation. Des pillages inconsidérés par le grand public voir des trafics organisés se poursuivent en toute impunité. Les tortues sont trop souvent perçues comme des animaux domestiques au point que l'on pense qu'il y a désormais plus de tortues en captivité dans les jardins que dans le milieu naturel.

La prévention des incendies est une problématique importante mais à considérer dans un cadre plus vaste. Des actions spécifiques sont toutefois envisageables pour protéger les noyaux les plus importants Actuellement la répartition des densités de tortue se calque précisément sur l'historique des incendies.
La sous-espèce occidentale subit un déclin considérable dans l'Ouest méditerranéen. En Espagne, les populations sont relictuelles. Sur le versant français du massif des Albères (Pyrénées orientales), l'espèce s'est éteinte à la fin des années 1980 essentiellement à cause des incendies. La tortue d'Hermann est aujourd'hui absente d'une grande partie de l'Estérel et des Maures et les populations restantes se raréfient constamment à quelques rares exceptions près. Les travaux de modélisation laissent craindre une extinction de l'espèce à l'état sauvage sur le continent d'ici quelques décennies, si rien n'est fait. En Corse, la situation est moins catastrophique, en partie grâce au maintien localement d'une agriculture traditionnelle. Des évolutions négatives et la fréquence des feux laisse toutefois présager un avenir funeste pour cette espèce sur l'île de Beauté.

 

Actions de Conservation
La tortue d'Hermann figure en annexe II de la Convention de Berne (protection des espèces) et en annexe II et C1 de la Convention de Washington (commerce des espèces). Elle figure en annexe II et IV de la Directive Habitat (protection et gestion de l'espèce et de son milieu). L'espèce est protégée par le droit français mais concrètement, ce n'est pas le cas pour son habitat. Actuellement aucune statut de protection n'a encore été mis en place sur ses habitats. Seuls quelques sites propriétés du Conservatoire du Littoral ou du Conservatoire- Etudes des Ecosystèmes de Provence (CEEP) protègent des sites à tortue d'Hermann (et Cistude d'Europe). Le projet de réserve naturelle sur la Plaine des Maures ne prendra pas en compte les sites majeurs pour cette espèce. Le CEEP cherche à collecter des fonds pour l'acquisition de sites ou pour financer des actions de gestion ou de restauration. Le CEEP organise également des chantiers de bénévoles pour entretenir des sites de ponte. Il soutient également les projets d'installation d'éleveurs sur les zones à tortues et prodigue des conseils aux agriculteurs qui souhaitent tenir compte des enjeux liés au patrimoine naturel. La Station d'Observation et de Protection des Tortues (SOPTOM) pratique la sensibilisation du public, des soins aux animaux blessés, et des suivis des sites.


Malgré ces efforts, seul un programme ambitieux d'ampleur permettrait d'éviter la disparition programmée de l'espèce. Le plan de restauration de la Tortue d'Hermann, rédigée pour être opérationnel en 1994, est resté bloqué depuis 9 ans au Ministère de l'environnement !

Les actions d'urgence à prévoir pour la tortue sont :

- Conserver les habitats : protection réglementaire des sites majeurs, entretiens sur convention, maîtrise foncière dans la mesure du possible, mise en place de programmes pastoraux spécifiques en coordination avec le monde agricole, amélioration des pratiques viticoles ou de la gestion des oliveraies (maintien d'un couvert herbacé)…
- favoriser la reproduction : en priorité ouverture de nouveaux sites de ponte, entretien des sites recensés
- diminution de la mortalité des adultes et du pillage: réglage de la hauteur des gyrobroyeurs qui entretiennent les pare-feu, réglementation des dates de passage sur les sites à tortues, information du public…
- enfin quand cela apparaît nécessaire: renforcement de populations à partir de tortues élevées en captivité.

 

Sur ou à proximité des zones incendiées :

- Diagnostic de la situation (présence de tortue à proximité ou dans des enclaves)
- Protection des sites abritant des populations relictuelles
- Optimisation des conditions de développement de cette population au travers de la gestion des sites préservés
- Gestion adaptée des sites incendiés, maintien de clairières ouvertes comme sites de ponte
- Si nécessaire renforcement ou réintroduction de tortues élevées en captivité et après restauration de l'habitat.(si l'habitat avant incendie est considéré comme très favorable).


Espaces Naturels de Provence oeuvre à la protection et à la conservation de cette espèce : vous pouvez nous aider en participant aux chantiers verts organisés par le CEEP ou souscrire aux actions vertes Tortue d'Hermann ou plaine des Maures